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Les premiers mois en mer

Publié le
17 novembre 2024

Cet article parle du projet Flocon sur les flots

Flocon, c'est le nom du voilier sur lequel se sont embarqués Arthur et Louise pendant un an.

Voilà deux mois et demi que nous sommes partis, nous commençons à nous habituer à notre nouvelle vie !
Actuellement à Gran Canaria, nous avons parcouru les côtes bretonnes, le golfe de Gascogne, les côtes nord-espagnoles et nord-portugaises avant de traverser vers Madère, puis vers les Canaries. Nous découvrons enfin les eaux chaudes et le soleil !

Deux premiers mois assez techniques au niveau des conditions météo : les dépressions s’enchainent sur l’Est Atlantique depuis début septembre, nous offrant presque exclusivement du vent de face entre deux tempêtes.

Nous profitons donc de nombreux moments de mauvais temps, coincés au port, pour visiter les alentours à chaque étape. Le nord de l’Espagne nous a conquis par ses falaises abruptes et ses petits villages de pêcheurs. Nous avons passé trois semaines à batailler avec la météo entre les Asturies et la Galices, deux régions à l’histoire et aux traditions fortes, notamment de cidre.

Au-delà de nos visites terrestres, nous assistons régulièrement à un spectacle marin lors de nos navigations. Un aileron de dauphin commun par-ci, un autre par-là, convergeant vers une zone d’eau frétillante d’une trentaine de mètres de diamètre. C’est un banc de sardines qui se fait harceler par ses prédateurs. Un spectacle magique donc qui réunit tout un écosystème : les thons qui remontent vers le nord à cette période pour suivre les sardines, les fous de Bassan et les cormorans qui repèrent le bouillonnement de l’eau provoqué par la panique des sardines quand les thons commencent à tourner autour, et enfin, les cétacés régionaux qui profitent du chaos pour se nourrir également.

Voir autant d’espèces réunies au même endroit au même moment est une chance, et cela est rendu possible grâce à la baisse de quotas de pêche du Portugal et de l’Espagne concernant la sardine. Ce poisson a en effet connu un fort déclin au cours des 20 dernières années, victime de surpêche. Des interdictions et des quotas limitant la pêche industrielle ont permis aux populations de sardines de se reconstituer en partie depuis 2019.

Autre rencontre, légèrement plus surprenante : alors que nous naviguons au moteur au large du Cap Finistère (pas de vent et une fenêtre météo très courte pour rejoindre le Portugal), nous sentons un fort à-coup sur la coque de Flocon qui fait une embardée de plusieurs dizaines de degrés. La sidération passée, nous remarquons une orque femelle à quelques mètres derrière nous. Elle venait de nous heurter.

Pour replacer le contexte, le groupe d’orques ibériques est réputé depuis quelques années pour leur intérêt vis-à-vis des voiliers de plaisance qui naviguent au niveau de la péninsule ibérique, et principalement à Gibraltar. Nous redoutions une telle rencontre, et prévoyions d’éviter les côtes du sud du Portugal pour limiter les risques : les interactions se concentrent plutôt au sud et sont assez rares au nord du Portugal et en Espagne… SAUF en septembre mais ça, nous l’avons appris plus tard. En effet, les orques se nourrissent de thons et remontent avec eux à la fin de l’été. Nous nous trouvions donc à l’endroit le plus propice aux interactions durant cette période ! Et ça n’a pas loupé. D’abord effrayés par ce choc (les rencontres, la plupart du temps sans conséquences, peuvent cependant parfois causer des dommages au bateau. Les orques paraissent en effet intéressés par le mouvement du safran et la résistance qu’il procure. Et pour nous, un safran endommagé signerait la fin du voyage), nous avons rapidement constaté que les orques, deux femelles, semblaient s’éloigner légèrement de Flocon et ne revenaient pas tout de suite chatouiller la coque.

Remis de nos émotions, nous avons repris la route direction Muros.
Nous souhaitons profiter de ce témoignage pour soulever un sujet : nous avons trop de fois entendu des discours qui attisent la peur et la haine envers les orques, menant les navigateurs à avoir des comportements irrespectueux vis-à-vis d’une espèce qui ne fait rien d’autre que de vivre dans son milieu habituel, et de s’intéresser à ce qu’il se passe autour. Trop de fois nous avons entendu des gens parler de leur balancer de la javel, de l’essence, des pétards, voire de leur tirer dessus. Alors nous souhaitons insister sur deux points : premièrement, rien ne prouve l’efficacité des technique susmentionnées. Ensuite, de quel droit pouvons-nous empiéter sur le territoire d’animaux sauvages et être surpris de leur curiosité envers nous jusqu’à leur infliger des blessures ?

Certes des bateaux sont endommagés, voire coulés. Il est de notre responsabilité de considérer cela comme un risque aléatoire que nous prenons en pleine conscience au même titre que la météo ou les hauts fonds. Nous ne tirons pas sur le nuage qui ramène 50 nœuds de vent et démâte les bateaux, ne tirons pas sur les orques, ils ont tout autant le droit d’exister que les nuages.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à écouter le premier épisode de notre podcast !

Nous avons également été interviewés sur Radio Méga le 15 Novembre, vous pouvez écouter l’émission ici:

Une raie vue du dessous

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