Près d’un millier de requins ont été massacrés dans les eaux réunionnaises depuis 15 ans. Au nom de la protection des surfeurs et baigneurs… Mais en lieu et place des mesures d’éducation-prévention à diffuser pour éviter les accidents et au risque de perturber gravement l’écosystème océanique de l’île…

Le Centre Sécurité Requin (CSR) de La Réunion a publié le 18 mars dernier sa synthèse n°43 de février 2026. Ce document indique qu’un requin bouledogue mâle et onze requins tigres ont été récemment tués dans les eaux réunionnaises, ce qui porte à 965 le nombre de squales massacrés autour de l’île depuis 15 ans… « En grande partie pour que le représentant de l’Etat puisse se protéger de tout recours en justice en responsabilité en cas d’accident », estime Didier Dérand, président de VAGUES* et représentant du collectif Requins en Danger à la Réunion.

Depuis la mort de 11 surfeurs tués par des requins entre 2011 et 2019, il est vrai que pour la plupart des adeptes locaux du surf « un bon requin est un requin mort ! ». Or plus de 80 % des pratiquants exercent en dehors de toute zone autorisée et surveillée, parfois tôt le matin ou à la tombée de la nuit, à l’heure où chassent les squales, ou parfois dans des zones d’eau turbide qu’affectionnent ces prédateurs des mers pour se nourrir.

« Malgré le constat indéniable d’une perturbation de l’écosystème par cette destruction systématique et illimitée de requins, malgré un nombre majoritaire de captures accessoires d’espèces menacées d’extinction et/ou protégées (comme des raies et d’autres espèces de requins que les tigres et les bouledogues), aucune étude scientifique indépendante n’a jamais été menée, s’indigne Didier Dérand, afin d’évaluer les risques de ce programme pour les populations de requins tigres et bouledogues, les interactions écosystémiques, notamment pour les poissons carnivores, prédateurs apicaux dont la restauration est l’un des principaux objectifs de la Réserve marine de La Réunion, et pour les populations des espèces capturées régulièrement de manière accessoire, en particulier les espèces menacées d’extinction et/ou protégées ».

Didier Dérand rappelle par ailleurs que les associations Sea Shepherd France, Le Taille Vent et VAGUES, ont déposé le 6 avril 2023 un recours visant à demander l’annulation de l’arrêté d’interdiction de la pratique du surf et de la baignade, pour obtenir un retour à des pratiques aux risques et périls des intéressés, recours rejeté par le tribunal administratif le 16 juin 2025.
En 2026, la haine tenace et souvent injustifiée des requins reste donc plus que jamais d’actualité, notamment depuis l’accident mortel survenu le 22 février à cause d’un requin en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, trois jours après ce drame, un autre surfeur néo-calédonien a publié sur Facebook ce post en soutien aux requins :
« Ce message n’est ni une provocation, ni une prise de risque : c’est un choix conscient. À mes amis, à ma famille. Si un jour la mer me reprend, et qu’un requin en est l’instrument, que ma disparition ne serve jamais d’alibi à la vengeance. Quand j’entre dans l’océan – depuis plus de 30 ans – le plus souvent pour glisser sur les vagues du récif de Bourail, je le fais en invité, humble et admiratif du milieu qui m’entoure, conscient que le risque fait partie du voyage. Moi, j’ai toujours le choix de revenir vers la terre. Eux n’ont que l’eau salée pour patrie, et l’horizon pour refuge. »
Ce post « témoigne d’un grand courage, d’un sens aigu des responsabilités et d’un véritable amour de l’océan », note à juste titre Didier Dérand.
*VAGUES : Vivre Activement pour Garder Un Environnement Sain. https://www.facebook.com/p/VAGUES-100091520917943/




