Les décès consécutifs à des attaques de requins ne représentent qu’une dizaine de cas par an. Les morsures de chiens, quant à elles, causent près de 40 000 morts par an. Pour autant, l’opinion publique et les médias semblent s’émouvoir davantage des victimes attribuées aux squales qu’à celles dues aux toutous…
Or les rares accidents mortels provoqués par les « Dents de la Mer » relèvent souvent davantage de l’erreur humaine que de l’envie des requins de se repaître de chair d’Homo sapiens, comme l’explique le vétérinaire – chercheur Eric Clua, partenaire d’Ocean academy.

La disparition d’un nageur suite à des morsures de requins, près d’une plage du nord d’Israël, a récemment fait les gros titres des médias. « L’homme a été indéniablement victime d’une frénésie alimentaire avec plusieurs animaux impliqués dans la prédation », constate Eric Clua, alors que l’espèce en cause, le requin sombre, « n’est pas connue pour sa capacité à considérer l’humain comme une proie », comme le confirment « les images de multiples contacts inoffensifs avec les baigneurs dans le zone concernée ». « Néanmoins, en situation de frénésie, n’importe quelle espèce considérée comme non dangereuse peut le devenir », rappelle ce biologiste spécialiste des requins, professeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, qui fait partie des scientifiques référents pour Ocean academy. « La dynamique de compétition entre animaux pour accéder à une nourriture providentielle écrase toute autre considération. L’humain n’est pas une proie instinctive pour cette espèce mais peut exceptionnellement le devenir… ».

Alors comment expliquer le déclenchement d’une telle frénésie ? « Il faut qu’un déclencheur initial surgisse, généralement une première morsure (peut-être accidentelle et non dirigée spécifiquement vers l’humain), qui précipite via les stimuli olfactifs (sang) et surtout sonores (crountch), l’entrée en transe alimentaire des animaux présents sur zone », explique Eric Clua. « En l’occurrence, en Israël, il semble que le malheureux nageur avait emporté une caméra GoPro et l’hypothèse la plus probable est que la caméra, via son rayonnement électro-magnétique, ait pu être considérée comme un poisson vivant dans les mains d’un pêcheur sous-marin, proie que le requin va convoiter et tenter de mordre… Malheureusement, faute de poisson, il va mordre au passage l’humain, et les stimuli, son et odeur, associés à cette morsure involontaire vont déclencher le réflexe de prédation, lui volontaire, par ce requin et ses comparses qui ne sont jamais loin… Dans ce cas, comme souvent, une erreur humaine est à l’origine d’un tel accident », estime Eric Clua, qui milite inlassablement et à juste titre pour « une vision moins biaisée et négative » des squales.
Car les requins jouent un rôle clé dans la santé des océans. Ces prédateurs contribuent en effet à maintenir l’équilibre des écosystèmes marins. Or malgré leur importance, plus de 100 millions d’entre eux sont tués chaque année, notamment pour en consommer seulement les ailerons ou en espérant protéger des baigneurs ou surfeurs « qui devraient accepter les risques liés au milieu naturel qu’ils fréquentent, comme l’alpiniste accepte le risque de chuter de la montagne », plaide Eric Clua.
Les plongeurs, quant à eux, savent qu’ils intéressent très peu les squales avec leurs appareils à bulles très bruyants. Encore moins lorsqu’ils leur font face calmement et ne s’agitent pas inconsidérément sous l’eau à l’approche de ces gros poissons mus par la simple envie de voir de plus près des animaux (inconnus) aux pieds palmés, mais pas des proies !

Pour en savoir plus sur ce sujet passionnant, consultez les différents sites d’Eric Clua :
@thesharkprofiler



